Nos projets d'aménagement à Bordeaux et en Gironde
On juge un studio sur ses chantiers, pas sur ses intentions. Voici trois projets que nous avons menés entre 2017 et 2023, racontés avec les chiffres réels : surfaces, budgets, matériaux. Pas de retouche, pas de plateau de magazine. Des maisons où des gens habitent vraiment.
Une échoppe simple à Saint-Michel (Bordeaux, 33000)
Le quartier Saint-Michel, autour de sa flèche gothique et de son marché des Capucins, garde un tissu serré d'échoppes ouvrières du XIXe siècle. Celle-ci faisait 78 mètres carrés au sol, plus une courette de 14 mètres carrés au fond. Un couloir latéral, deux pièces en enfilade, une cuisine ajoutée dans les années 1970 qui mangeait la lumière de la cour. Les propriétaires, un couple d'enseignants, avaient un budget de travaux de 95 000 euros, hors honoraires. Pas un budget de loft sur papier glacé. Un budget de gens normaux qui voulaient bien faire.
Nous avons fait peu de choses, mais nous les avons faites jusqu'au bout. Démolition de la cuisine rapportée pour rouvrir la pièce sur cour. Pose d'une grande baie vitrée toute hauteur, châssis acier noir, qui ramène l'ouest dans le séjour. Sous le lino, nous avons trouvé des tomettes en terre cuite d'origine, environ 60 mètres carrés, que nous avons fait nettoyer et huiler au lieu de remplacer. Le mur du couloir, en pierre blonde, a été dégagé de son enduit ciment puis repris à la chaux. Le poste le plus lourd a été l'isolation, dont nous parlons plus loin dans le dossier rénovation, parce que sur une échoppe c'est là que tout se joue.
Répartition du budget : 31 000 euros de gros œuvre et isolation, 22 000 de cuisine et salle d'eau, 18 000 de menuiseries (la baie acier à elle seule a coûté 9 400 euros), 12 000 de sols et murs, le reste en électricité et imprévus. Les imprévus, justement, ont mangé presque 8 % du total. Sur du bâti de 1880, c'est même plutôt raisonnable. Nous prévenons toujours nos clients : sur une échoppe, prévoyez 10 % de marge, vous serez tranquilles.
Un appartement bourgeois aux Chartrons (Bordeaux, 33000)
Les Chartrons, c'est l'ancien quartier des négociants en vin, le long de la Garonne, entre le cours Xavier-Arnozan et la place du Marché. On y trouve de beaux immeubles en pierre du XVIIIe et du XIXe siècle, avec parquets point de Hongrie, moulures, cheminées en marbre. L'appartement que nous avons traité en 2021 faisait 112 mètres carrés au deuxième étage, hauteur sous plafond de 3,40 mètres. Une cliente avocate, seule, qui avait acheté à un prix déjà élevé et ne voulait surtout pas dénaturer.
Ici, le geste juste était de ne presque rien ajouter. Restaurer le parquet en chêne d'origine (ponçage, teinte naturelle, huile dure), restituer une cheminée murée, reprendre les moulures abîmées au staff. Toute la modernité s'est concentrée dans la cuisine et la salle de bains, deux pièces que nous avons traitées en contraste : pierre de Bordeaux (Wikipédia), crédence en zellige vert profond, robinetterie laiton non vernie qui se patine avec le temps. Budget de 74 000 euros pour ces deux pièces et la restauration générale, étalé sur cinq mois. La cliente a vécu sur place pendant le chantier. Nous ne le recommandons pas, mais elle a tenu.
La leçon de ce chantier tient à la lumière. Les fenêtres donnent au nord-est, sur une rue étroite. Le matin, c'est magnifique ; l'après-midi, l'appartement devient gris. Nous avons donc joué les murs en blanc cassé chaud, presque rosé, pour rattraper la froideur, et placé un grand miroir ancien face à la fenêtre du séjour. Un truc vieux comme le monde, mais il marche. C'est exactement ce dont nous parlons dans notre essai sur les matières et la lumière du Sud-Ouest.
Une maison des années 1950 à Mérignac (33700)
Tout n'est pas échoppe et pierre blonde. À Mérignac (33700), en proche périphérie ouest de Bordeaux, près de l'aéroport, le tissu pavillonnaire d'après-guerre offre des maisons de plain-pied ou à étage, souvent en brique ou en parpaing enduit, mal isolées, aux pièces cloisonnées. Celle-ci, datée de 1957, faisait 124 mètres carrés sur un terrain de 480 mètres carrés. Une jeune famille, deux enfants, un budget de 140 000 euros, l'envie d'ouvrir et de gagner de la lumière sans casser leur tirelire.
Le chantier a été plus lourd que les deux précédents, parce que la structure le permettait et l'exigeait. Nous avons abattu deux cloisons et une partie d'un mur porteur (avec pose d'une poutre IPN, calcul de structure par un bureau d'études) pour créer une grande pièce de vie de 52 mètres carrés ouverte sur le jardin. Isolation thermique par l'extérieur sur les façades exposées, ce qui était impossible sur l'échoppe de Saint-Michel en secteur protégé, mais parfaitement adapté ici. Le résultat sur les factures a été net : la maison est passée d'une étiquette énergétique médiocre à une classe correcte, sujet que nous détaillons aussi dans le dossier sur la rénovation girondine.
Côté matières, nous avons assumé le caractère cinquante. Sol en béton ciré teinté dans la pièce de vie, escalier d'origine conservé et repeint, chambres habillées de bois clair. Le total est monté à 151 000 euros, soit 8 % au-dessus du budget, principalement à cause de la reprise de fondations imprévue sous un angle de la maison. Là encore, l'imprévu venait du sous-sol, c'est-à-dire de ce qu'aucun plan ne montre. C'est pour ça que nous insistons tant, sur chaque projet, pour qu'un diagnostic technique sérieux soit fait avant la première démolition.
Ce que ces trois maisons ont en commun
Une échoppe à Saint-Michel, un appartement aux Chartrons, un pavillon à Mérignac : trois budgets, trois époques, trois quartiers. Pourtant la méthode ne change pas. Comprendre le bâti avant de dessiner. Garder ce qui mérite de l'être, les tomettes, le parquet, l'escalier. Concentrer l'argent là où il se voit et se vit, la lumière et les pièces d'eau. Et toujours, toujours, prévoir une marge pour ce que le bâtiment cache. Bordeaux et la Gironde regorgent de belles maisons mal traitées par des rénovations pressées. Nous préférons aller lentement et juste.